vendredi 5 juillet 2013

« Papa, quand est-ce qu’on arrive ? »

S’il y a bien une question que mes enfants posent dés que la voiture vient à peine de quitter le parking, c’est « Quand est-ce qu’on arrive ? ».

C'est-à-dire que nous venons de parcourir environ 35 mètres, en comptant bien entendu le trajet qui permet de sortir du garage, pour que mes deux chéris mettent déjà une certaine pression sur les épaules du conducteur quant au temps de trajet qu’il envisage voire qu’ILS envisagent.

Quand vous saurez que le trajet en question est celui qui nous sépare du département des Landes, cette pression prend tout de suite une certaine consistance. Et oui, car à la question posée, la réponse qui tombe est sans appel : « Ecoutez les enfants, je pense que nous arriverons dans environ 7 heures ».
Verdict du jury des mineurs assis sur la banquette arrière : « Oh c’est trop long ! » Certes, le trajet est un tantinet long, surtout lorsque l’impatience d’arriver démarre dés les premiers instants.

S’en suit une petite discussion sur la durée du trajet, un « pourquoi ? » lancé avec désespoir, une digression sur la possibilité d’aller beaucoup plus vite en imaginant que nous allons à 700 kms par seconde, une négociation sur l’installation des écrans portatifs et au final un consensus âprement obtenu de ne mettre un DVD qu’après avoir passé le premier péage. Ouf, j’ai gagné 50 kilomètres !

Je souffle, cependant cette respiration est de très courte durée. En effet l’esprit des enfants étant ce qu’il est, ils ont mis à profit les fameux 50 000 mètres pour se mettre en désaccord quant au film à visionner en premier. Et se déroule ainsi une joute verbale qui alterne les « C’est toujours toi qui choisis en premier ! », « La dernière fois nous avons déjà regardé ce film ! », « Ce film il est nul ! ». Bien, rassurez-vous, un film récolte tous les suffrages, à savoir deux voix, et notre périple suit son cours.

Ah, que la route est calme et belle … « Papa, quand est-ce qu’on arrive ? » Tiens, je l’avais oublié celle-là à l’inverse de mes passagers. Et comme une énigme en cache une autre, une deuxième interrogation tombe tel un couperet « Et quand est-ce qu’on déjeune ? »

Alors les enfants, comment vous dire que cela fait donc maintenant 45 minutes que nous sommes partis. 7 heures correspondent à 420 minutes. 420 moins 45 est égal à 375, que je divise par 60, je pose 6 et je retiens 1. « Et bien, nous arriverons normalement dans 6h15»

Pour ce qui est du déjeuner, attendu qu’il est 9h45, je vous propose que nous patientions quelques soixantaines de minutes avant de vous jeter goulûment sur les chips, le saucisson, les sandwichs et compagnie. Malheur à moi, que n’avais-je pas dit là ! « Mais moi j’ai faim », ainsi se traduit le besoin du petit et de la petite d’homme.

Réfléchissons peu mais bien : le pique-nique est dans le coffre, le mini-bar à l’arrière est vide, les viennoiseries ont depuis longtemps connu le même sort que celui d’un quartier de viande jeté aux lions et si je ne veux pas arriver à destination le lendemain, il me reste à avancer l’horaire du banquet de façon raisonnable et acceptable par mes convives.
Chemin roulant, de discussions en DVD, de chansons en pause pipi, de concours de blagues en devinette dignes des meilleures cours d’écoles, le temps de route qui reste fond comme eskimo en babines enfantines.

Arrive enfin le moment tant attendu du fameux virage qui signifie la fin de l’odyssée et une arrivée très prochaine. C’est alors qu’à l’instant où je m’apprête à partager avec les enfants ma joie d’atteindre notre but, retentit une nouvelle question pareille au fameux coup de bambou : « Papa, quand est-ce qu’on dîne ? »