vendredi 20 septembre 2013

Eternelle randonnée

Cet été, il se trouve que grâce à des amis, nous avons passé 5 jours extraordinaires sur les chemins de saint Jacques de Compostelle.

Ces amis, prêts à se lancer dans cette aventure, nous ont en effet proposé de les rejoindre autour du 15 août pour quelques jours de marche au départ du Puy. La ville du Puy en Velay est l’un des départs de cette route et une des rampes de lancements des pèlerins, marcheurs, randonneurs et autres chercheurs de Quelqu’un, Quelque chose.

Banco ! Un oui et nous voilà associés en famille à un petit bout de cette aventure humaine qui consiste à se mettre en marche.

Les premiers préparatifs consistent déjà à établir l’itinéraire compte tenu du nombre de jours de marche retenu ainsi que de l’ensemble des membres de l’équipage ainsi constitué. Cette phase préparatoire nous fut grandement facilitée par un nombre impressionnant de guides qui existent sur la Route de Compostelle. Nous nous sommes adaptés entre autre aux participants appartenant à la génération « A » (personnes nées au début des années 2000) afin de construire des étapes de 6 à 8 kilomètres par jour, distance pouvant a priori être parcourue par toute la bande.

Une fois les étapes dessinées, la seconde phase revient à trouver le gîte pour chacune des nuitées. Et là aussi, nombreux sont les guides et autres sites Internet qui offrent de contacter les meilleures adresses : localisations, commentaires laissés par les hôtes précédents tant sur la qualité de la literie que sur la densité des puces de lit, la propreté des douches, le niveau sonore du coq de la basse-cour et le niveau olfactif du troupeau de vaches qui ruminent à proximité (voir juste à côté).

En quelques clics, l’hébergement est bâti pour chaque soir. Côté intendance, quelques années de scoutisme permettent d’établir une liste de courses défiant toute concurrence et qui déboucheront sur des menus succulents. L’enjeu s’avère de taille : à tout moment, la réponse à la question « qu’est-ce qu’on mange ? » doit satisfaire l’appétit de nos hôtes dont la marche aura creusé l’appétit aussi profondément que la fosse des Mariannes.

L’essentiel des préparatifs ainsi terminé, il ne nous restât qu’à patienter jusqu’au dimanche 11 août date fixée pour nous retrouver au Puy-en-Velay, une des villes départs du chemin de saint Jacques. L’arrivée sur la ville dévoile notamment une splendide statue de Marie portant l’Enfant Jésus et fondue avec les canons de la bataille de Sébastopol. La Sainte Vierge protège les habitants et veille sur chacun, dominant la vallée de sa douceur.

Dés l’arrivée, un accueil chaleureux est offert aux pèlerins accompagné en cette chaude journée estivale d’un verre très rafraîchissant de kir (à consommer avec modération, comme le veux la formule désormais obligatoire) pour les adultes et de sirop pour les enfants. Ca démarre bien ! D’autant qu’un musée du camino a été créé et permet de plonger dans l’histoire de ce célèbre chemin, dans l’esprit de la marche, du silence et de la nature. Sont ainsi offerts à l’écoute plusieurs témoignages audio au travers desquels chacun peut écouter le cheminement de quelques personnes dont les pas leur ont permis d’aller aussi loin en eux que sur la route.

C’est l’auberge de jeunesse du Puy qui accueille notre première nuit, grand bâtiment calme et venant d’être entièrement rénové. Quelle aubaine pour notre jeune troupe ravie à l’idée de vivre cette aventure pédestre !

Le fait que nous soyons dix nous offre d’occuper entièrement deux chambres. Chaque chambre est constitué de deux lits superposés à la grande joie des enfants et déclenche l’éternelle négociation « je suis en haut ! » contre « je préfère être en bas ! ». Bref, après notre dernier dîner au cœur de la civilisation pour la semaine à venir, il est temps de coucher tout le monde afin que les forces soient les plus préservées lors du réveil le lendemain.

Et c’est après une nuit à la température caniculaire (et légèrement animée par une pizza qui n’est pas passée, au sale comme au figuré…) que les plus grands se réveillent pour assister à la messe d’envoi à sept heures du matin à la basilique.

Le soleil chauffe déjà un peu. Il projette lumière et rayons dans un ciel bleu qui récompense les matinaux et préfigure une magnifique journée. Les yeux légèrement collés, les bâillements et engourdissements n’altèrent en rien la joie d’être réunis dans l’église et de se dire que chacun est là pour se mettre en chemin. Même si la décision de marcher vient de nous, il semble que ce soit en fait un appel de prendre la route auquel nous avons répondu.

A la fin de la cérémonie, l’ensemble des personnes qui vont partir vers Compostelle est réuni au pied de la statue du saint qui a donné son nom à la coquille. Nombreuses sont les nationalités représentées tout comme sans doute les motivations, raisons, attentes qui poussent nos cœurs et nos corps à cheminer. D’ailleurs, en même temps qu’il nous est proposé de confier nos intentions sur des papiers bleus, une corbeille est à notre disposition pour piocher les carrés azurs déposés par nos prédécesseurs, ces derniers comptant sur les futurs marcheurs pour prier et porter dans une mystérieuse communion toutes ces demandes silencieuses.

Un chapelet et une médaille distribués plus loin, nous voici descendant un escalier vertigineux dont chacune des marches constituent un des premiers pas vers la ville au cœur de laquelle notre périple doit nous mener. Une descente qui nous fait passer de l’obscurité de la basilique à la clarté du soleil étincelant. Encore quelques pas et c’est sur le macadam du trottoir que les coquilles saint Jacques nous montrent la voie…


Ultreïa !