dimanche 30 juin 2013

Ah vous avez un second bagage ?!

Il se trouve que vendredi dernier j’ai eu la chance de voyager avec une compagnie à bas coûts ou comme diraient nos amis « franglais », une compagnie « low costs ».

Quand je dis la chance, c’est tout simplement parce que cette expérience permet de découvrir quelques pratiques absolument fabuleuses en notre 21ème siècle.

Ainsi lorsque vous arrivez à l’embarquement, une charmante personne vous indique que votre bagage à main doit respecter le gabarit qui trône juste à côté. La plupart du temps, les valises, sacs et autres sacoches d’ordinateurs respectent les dimensions imposées.

Là où la situation devient tout à fait intéressante est le moment où une femme approche avec sa valise et porte également un sac main. Et oui, car qui dit un bagage à main, dit un seul bagage à main ! Etant donné que le sac à main est considéré comme il se doit, à savoir un bagage à main (jusque là, rien de surprenant), la valise doit disparaître. Il se trouve que c’est finalement le sac à main qui finit englouti par la valise afin de n’aboutir qu’à un seul bagage.

Lorsque la dite-valise est déjà pleine à craquer, je vous passe l’épisode au cours duquel le sac à main soigneusement rangé (au sens où peut être rangé un sac à main ;)), termine littéralement écrasé, comprimé, compacté afin d’éviter le paiement du forfait « second bagage ».

Vendredi soir pour le malheur de son costume, un jeune homme arrivait avec sa valise et sa housse soigneusement tenue par le cintre. Quelle erreur fatale pour la veste et le pantalon dont il avait dû prendre le plus grand soin ! Et voilà notre cher client s’installer sur un comptoir vide afin de procéder à la phase qui consiste à ranger un 2 pièces dans une pièce unique déjà amplement occupée par d’autres affaires. J’en avais mal au cœur pour lui de le voir plier sa veste et son pantalon, les déposer délicatement sur le dessus de la pile avant d’exercer une forte pression sur le bloc ainsi constitué.

Bref, vous avez le droit de voyager moins cher par contre il ne faut rien emporter ou le moins possible. Car une place en soute coûte finalement le même prix qu’un billet lorsque vous entendez le montant du forfait « grosse valise » ou « sac de voyage énorme », bagages assez nombreux dans les aéroports en cette période de vacances estivales.

Il faut dire que la place est une denrée rare dans les avions des compagnies « LC ». A tel point qu’en cas d’affluence très forte, le personnel de la compagnie vous propose de mettre en soute votre bagage cabine. Comme si cela permettait de faire voyager des personnes dans les coffres à bagages !

Mais je n’étais pas au bout de mes surprises ! En effet, sur un autre vol, le nombre de passagers était tel que la compagnie indiqua à l’ensemble des passagers qu’aucun bagage ne pourrait être pris en soute. De mieux en mieux. Certes vous ne payez pas cher votre billet par contre il n’est pas certain que vos valises puissent voyager avec vous, un véritable signe de progrès et de modernisation de nos moyens de transports.

Après tout, la prochaine innovation des compagnies aériennes sera peut-être de demander à ses clients de réserver un billet d’avion pour eux et un billet supplémentaire pour leurs bagages. Et cela s’appellera la classe « affaires » !


samedi 29 juin 2013

But alors you speak français ?!

-      Salut Jean-Paul, ça va ? Tes slides sont prêts pour le steering comitee de demain ?

-      Hello, oui pas de souci. Il faut juste checker la baseline car lors du dernier staff meeting, nous avons fait un pushback sur les sales.

-      Ah bon ?! Pourtant le rolling forecast sur year end 2015 avait l’air en ligne avec la variable margin. Et vue la deadline, je ne suis pas certain que l’on arrive à réconcilier nos figures. Bon, vas-y, forward moi tes inputs et je regarde ça.

-      C’est parti. Autre précision, lors de la dernière conf’call avec les team leader, nous avons discuté de l’opportunité d’augmenter le pipeline avec deux ou trois target qui n’étaient pas prises en compte.

-      Et avec des variable costs qui sont en ligne avec la compliance ou il faut monter un dossier auprès du RAC ?

-      Normalement c’est fair sur les variable costs et les fixed costs aussi. Le RAC devrait donner un green light lors du Go/No Go meeting. Et au sujet du delivery, le timeframe est bon. Il ne sera pas nécessaire d’upgrader les slots.

-      A ce propos, j’ai eu la note sur le reverse engineering de la nouvelle release de notre solution de billing. Ca m’embête un peu parce que les clients sont déjà complètement full et le fait d’avoir un retrofit va entraîner des ruptures dans notre gentlemen agreement. De plus si nous leur demandons de réduire le breakthrough, il y a un réel risque de perdre nos incentives voire même de se faire swapper par nos concurrents.

-      Ecoute, le risque est assez faible. J’ai fait un point en face to face avec le PM et il m’a rassuré.

-      Bonne nouvelle. Sur le sujet des headcount, tu as mis au clair les infos demandées par les HR ?

-      Absolument ! J’ai réconcilié les job codes et les business title en faisant un VLookup. Je les ai répartis par location et business assignment.

-      Au fait, j’allais oublier ! Il faut absolument que tu me donnes les derniers charts de ta Business Division. J’aurai besoin de les présenter de nouveau au MC.

-      Je te forward ça tout de suite. Pour continuer sur les HC, j’ai aussi fait une review sur les contractors. Je me suis rendu compte que l’on est en train d’exploser les purchase orders.

-      Il faudra aborder ce point en team review avec ton business partner, plus les training pour le Lead to cash, la control tower, le time to fill et le derrnier module de l’order fullfillment.

-      C’est prévu d’avoir un meeting sur ce topic la semaine prochaine, juste après la project review qui portera sur l’upgrade de notre portfolio proposé au Tier One. Prévu aussi de traiter le point des SG&A, de la Supply & Demand. J’ai compris que ce serait mandatory d’avoir un slideshow sur le sujet.

-      Tu le veux en approche top-down ou  bottom-up ?

-      Le plus simple est de partir des infos communiquées lors du kick-off de la Sales Convention sur les Managed Services et tu réconcilies les outputs avec les softskills. Ca te va ?

-      C’est crystal clear man ! Je nous plug un meeting pour finaliser.

-      Bon et à part ça tes enfants ça va ?

-      Oh m’en parle pas, je ne comprends rien à ce qui me raconte : « Lol » par ci, « Cimer » par là, « trop de l’a balle », « kif ta race », « ça kill la life », « move ton speed », « chope ton daron », « trop frais le style » et tout un tas d’expression incompréhensible !

-      Les miens sont pareils ! Infoutus de faire une phrase en français les gamins, ah j’te jure !

-      Tu m’étonnes ! Tiens, je te forward l’executive summary du dernier staff sur la DR4, y’a la bids of proposal et le quote to cash.


Route 118

Qui n’a pas eu l’occasion dans sa vie d’emprunter au moins une fois la nationale 118 ?
En particulier lorsque vous travaillez à Vélizy, cet axe est quasiment inévitable.

Si cet axe était une 2 fois 12 voies, ça irait. Oui mais voilà, il s’agit d’une voie avec 3 voies vers la Province et 2 vers Paris. Et quand vous connaissez le trafic routier qui se déplace sur cette nationale, c’est quasiment planté d’avance.
Ce n’est jamais suffisant pour laisser passer le flot ininterrompu de voitures, camionnettes, bus, cars, camions, motos, scooters, tracteurs, barques, tandems, vélos, rollers et autres touristes en skateboard.

Il en roule, il en roule, à toute heure du jour et de la nuit, surtout et principalement le matin quand tout le monde part au boulot et bien sûr le soir quand chacun repart dans ses pénates. Parce que vous me direz, ce serait bien plus simple si tous ceux qui prennent la 118, restaient un peu sur place une fois arrivés et ne repartaient chez eux que tous les 2 jours voire une fois par semaine !
Oui…mais non, ceux qui empruntent la 118 le matin dans un sens, l’empruntent dans l’autre sens le soir, et inversement.

Voilà un florilège des situations rencontrées ces dernières semaines :
  • un car qui tire la calandre en essayant de gravir péniblement la côte et qui en conséquence bloque une voie tellement il avance lentement
  • une vieille Lada qui crame ses derniers centimètres de gomme en tentant l’ascension d’un côte hors catégorie et inonde la couche d’ozone d’une épaisse fumée noire traduisant l’asphyxie prochaine de son moteur à explosion
  • une berline retournée sur le toit et en sens inverse, si si je vous jure ! après le 1er sentiment d’inquiétude pour les passagers et une prière à St Christophe, reste le ras-le-bol de devoir à nouveau se déporter sur la voie libre ou un camion a décidé de tirer son chargement avec autant d’aisance qu’un paysan emmenant boire son âne qui n’a pas soif
  • les camions, parlons-en justement ! Le top du top fut un joli 30 tonnes paisiblement échoué sur la voie de gauche, celle du milieu et une partie de la voie de droite. Tel un cachalot mécanique venu mourir sur les côtes parisiennes, il empêchait presque tout véhicule d’emprunter la 118 et le bouchon ainsi créé remontait jusque dans Boulogne ainsi que sur les quais de Seine !
Je vous passe donc les détails des effets collatéraux sur les axes environnants qui se retrouvent eux-mêmes saturés à souhait et provoquent par la même une réaction en chaîne d’exaspération au niveau des conducteurs ainsi immobilisés.

Je proposerai d’ailleurs très bientôt que l’école de formation des bonzes tibétains intègre dans son cursus un exercice pratique dédié au développement de la patience et de la zénitude des profondeurs, scenario décrit comme suit :
  • vous avez mal dormi,
  • vous n’avez plus de capsules Nespresso,
  • il commence à pleuvoir,
  • la porte du garage met une éternité à s’ouvrir,
  • à peine dans la rue vous vous retrouvez à devoir laisser se garer une personne qui a dû apprendre à faire un créneau avec la petite voiture Playmobil de son petit-fils,
  • finalement vous passez la barre des 30 à l’heure dans la rue à sens unique en constatant que votre retard n’est que de 20 mn par rapport à votre 1er call de la journée,
  • vous passez au feu légèrement rougeaud (un joli rouge léger, entre fraise et framboise, qui  s’avérera finalement être couleur prune)
  • et là, à l’instant où vous pensez enfin avoir fait le plus dur et où vous sentez que le levier de vitesse va pouvoir se déplacer vers la 3ème, vous vous encastrez délicatement dans l’embouteillage magistral qui orne le bas de la nationale 118 !!!!!!
Maintenant, jeunes apprentis bonzes, à vous de jouer. Vous avez 10 minutes pour arriver à Vélizy et le 1er qui râle, hurle, insulte, peste, fulmine, s’exaspère, s’énerve, se met en colère, trépigne, s’impatiente, fait une queue de poisson, grille une priorité, crie de rage, fume 2 clopes en même temps, mordille son volant ou encore démonte son tableau de bord, celui-là a perdu.

Car comme le dit le proverbe tibétain « Le bonheur n'est pas au bout du chemin, le bonheur c'est le chemin. » Et ça, je le vérifie tous les jours avec ma chère 118 !